Stockage villageois traditionnel Afrique de l'ouest
CARDER - Centre d'action r�gional pour le d�veloppement rural (B�nin)
CEAO - Communaut� �conomique de l'Afrique de l'Ouest
CER - Centre d'expansion rurale (S�n�gal)
CIDT - Compagnie ivoirienne pour le d�veloppement des textiles (C�te d'Ivoire)
CILSS - Comit� permanent inter-Etats de lutte contre la s�cheresse dans le Sahel
CMDT - Compagnie malienne pour le d�veloppement des textiles (Mali)
CRAT - Centre r�gional africain de technologie
DMA - Division du machinisme agricole (Mali)
EMPA - Entreprise publique d'approvisionnement (Cap-Vert)
FAP - Fomento Agro Pecuario (Cap-Vert:)
FED - Fonds europ�en de d�veloppement
GRDR - Groupement de recherche pour le d�veloppement rural
GRET - Groupe pour la recherche et les �tudes technologiques (France)
IER - Institut d'�conomie rurale (Mali)
IITA - Institut: international d'agriculture tropicale
MDR - Minist�re du d�veloppement rural (Cap-Vert:, C�te d'Ivoire)
OCDE - Organisation de coop�ration et de d�veloppement �conomique
ONC - Office national des c�r�ales (B�nin)
ONG - Organisation non gouvernementale
ORD - Organisme r�gional de d�veloppement (Burkina Faso)
PRTT - Programme de recherche sur les techniques traditionnelles
Depuis de longues ann�es, l'augmentation et l'�volution des circuits et des �changes des produits vivriers, notamment du fait de la croissance urbaine et de la mon�tarisation, ont fait prendre conscience de l'importance du stockage des produits vivriers dans l'�conomie agro-alimentaire.
A son tour, la s�cheresse persistante au sud du Sahara a attir� l'attention sur le milieu agricole et sur la place des greniers familiaux dans l'�conomie villageoise. On s'est alors interrog� sur l'efficacit� du stockage dit traditionnel, tout en d�couvrant qu'il n'�tait qu'un maillon, bien s�r capital, de la longue cha�ne du syst�me post-r�colte.
La CEAO, comme le CILSS, fait partie des institutions qui se pr�occup�rent de bonne heure de ce probl�me. C'est: ainsi qu'elle fut � l'origine d'un colloque sur le stockage paysan et le commerce traditionnel des c�r�ales tenu � Bamako en 1977, suivi d'un s�minaire-atelier sur la conservation des r�coltes organis� en 1978.
Bien que l'estimation des pertes en stockage villageois ait fait l'objet de divergences, il est apparu n�cessaire d'am�liorer les techniques du syst�me post-r�colte paysan. Maintes initiatives ont �t� prises en ce sens, tant de la part des pouvoirs publics que du secteur priv� et des ONG, aboutissant au lancement par la FAO d'un grand programme de pr�vention des pertes apr�s r�colte.
L'�tendue et la diversit� des recherches et des exp�riences m�ritant que l'on en fasse le bilan pour en tirer les le�ons et des lignes d'action, la CEAO a requis l'assistance de l'UNSO pour l'aider � mener � bien le projet identifi� en page de titre.
Le document du projet, sign� les 12, 18 et 19 octobre 1983, respectivement par la CEAO, l'UNSO, le CILSS et la FAO, fixait � dix mois et demi la dur�e des activit�s � compter du mois d'octobre 1983.
La FAO etait d�sign�e comme organisme charg� de l'ex�cution, l'UNSO et la CEAO, organismes de supervision, et le CILSS, organisme de coop�ration.
Sous le titre de Mission de formulation d'un projet d'�tudes et d'am�lioration des greniers et stocks villageois, ce projet r�gional portait le N� UNSO/RAF/83/X03, devenu par la suite UNO/RAF/003/NSO, avec la r�f�rence CEAO/Convention N� -/83/SG/DDR.
Les contributions �taient respectivement de 63 000 dollars EU pour l'UNSO, 11 347 800 FCFA pour la CEAO dont 6 500 000 vers�s � l'UNSO au titre du budget du document, le reste �tant g�r� par la CEAO, 900 000 FCFA pour le CILSS directement g�r�s par lui-m�me, soit un co�t total de 94 405 dollars EU dont 79 660 concernant le document 1/.
Cette �tude, en apportant une contribution substantielle � la connaissance des technologies villageoises de stockage vivrier, notamment c�r�alier, et: � son am�lioration technique, avait l'ambition:
A court terme, le projet devait:
Les techniques traditionnelles de stockage et de commercialisation des produits vivriers font partie int�grante d'un syst�me plus large, qui recouvre les activit�s agro-alimentaires, allant de la r�colte � la consommation. Elles sont- le fruit d'un long processus d'exp�rimentations et d'adaptations qui, au long des g�n�rations et des si�cles, ont abouti � un certain degr� de perfection. Cela s'explique par la n�cessit� constante de trouver des solutions appropri�es � partir des seules ressources de l'environnement.
Ces techniques s'inscrivaient �videmment dans une �conomie essentiellement orient�e vers la subsistance et l'autoconsommation. La famille patriarcale y jouait un r�le pr�pond�rant:, avec des fonctions et des t�ches d�finies suivant- le sexe, l'�ge ou le rang social. Les �changes �taient peu mon�taris�s et- l'urbanisation peu d�velopp�e. Enfin les ph�nom�nes de d�sertification et d'�migration massive, cons�cutifs � la s�cheresse, n'avaient pas l'ampleur qu'on leur conna�t aujourd'hui. Tout:es ces mutations ont contribu� � modifier, plus ou moins profond�ment, l'�quilibre des divers syst�mes post-r�colte.
Par son �tendue, la sous-r�gion �tudi�e ici pr�sente de grandes diff�rences d'ordre �cologique et socio-culture1 qui expliquent la diversit� des syst�mes de stockage et- des techniques de conservation, rendant tr�s difficile un examen d�taill� de tous les syst�mes concern�s. C'est la raison pour laquelle il a fallu adopter une m�thodologie de s�lection et d'investigation (cf. annexe 1).
Le pr�sent chapitre reprend les grandes lignes des r�sultats et conclusions qui ressortent des observations faites pays par pays et dont les d�tails figurent en annexe 2.
La majeure partie du s�chage du mil et du sorgho a lieu au champ, sur pied, apr�s la maturation des grains. Ce s�chage, qui pr�c�de et pr�pare la r�colte, dure une � quatre semaines suivant les zones de production. Celles-ci �tant sensiblement identiques du point de vue agro-climatique, la diff�rence relev�e entre les dur�es de s�chage s'explique principalement par la r�serve de main-d'oeuvre disponible, laquelle est soumise aux contraintes suivantes:
Cette op�ration de s�chage ayant lieu en d�but de saison s�che (novembred�cembre), il faut dire qu'une � deux semaines apr�s la maturation des grains, ceux-ci sont d�j� tomb�s � un taux d'humidit� tr�s faible (inf�rieur � 10%), donc bien en dessous du seuil critique pour la conservation (environ 13%).
Aussi, d�s apr�s la r�colte est-il possible de mettre les �pis en bottes et de les transporter au village pour le stockage. Cependant, ils sont souvent rassembl�s en grands tas � m�me le sol (c'est le cas du mil) ou d�pos�s sur claie dans les champs, simplement prot�g�s par des branches d'�pineux (c'est le cas du sorgho). Il s'agit en fait d'un pr�stockage au champ, qui dure couramment une semaine � un mois, en attendant que les conditions permett-ant le transport de la r�colte soient r�unies (disponibilit� d'une charrette, par exemple).
Ces divers d�lais, tant avant qu'apr�s l'op�ration de r�colte, occasionnent des pertes qui peuvent �tre importantes selon l'incidence et la conjonction de plusieurs causes possibles: attaques d'oiseaux, de singes, de troupeaux d'�levage, vols et feux de brousse.
Les paysans interrog�s par le projet estiment que, pendant le s�chage sur pied, les pertes peuvent atteindre jusqu'� 5% et sont dues principalement aux oiseaux (les mange-mil). D'autre part, selon l'�tude du projet PFL r�alis�e au Burkina Faso, les pertes lors du pr�stockage au champ s'�l�vent en moyenne � 3,5% au bout de dix jours (cf. tableau 1).
Le mais est essentiellement produit dans les zones de la sous-r�gion � climat plus humide (pluviom�trie de 800 mm et plus). Il est r�colt� en pleine saison des pluies, bien avant toutes les autres c�r�ales.
Tableau 1: PERTES AU COURS DU PRESTOCKAGE AU CHAMP
| Ann�es | Dur�e (jours) |
Pertes (%) |
| 1981 | 11,8 | 4,0 |
| 1982 | 8,3 | 3,6 |
| 1983 | 8,3 | 3,6 |
| Moyenne | 9,5 | 3,0 |
Selon qu'il s'agit de culture de soudure, dans la zone soudano-sah�lienne o� les productions sont limit�es � la p�riph�rie des habitations (cultures de case), ou de culture principale, dans les zones plus humides (soudanoguin�ennes), les techniques post-r�colte du mais diff�rent sensiblement. On ne parlera ici que des zones o� le mais constitue une production importante.
On peut distinguer trois m�thodes de s�chage. L'une consiste � couper les tiges et � les dresser en meules pour les exposer au soleil pendant une dizaine de jours. C'est la pratique utilis�e, par exemple, par les Peulh et les Mandingue de la Haute Casamance.
Une autre consiste � couper les �pis et � les d�spather pour les transporter au village o� le s�chage se fait sur claie au-dessus d'un feu de bois, aupr�s de l'habitation. Ce feu est activ� surtout le soir afin d'�viter les reprises d'humidit� pendant la nuit.
La troisi�me m�thode est celle des zones de grande production, notamment au B�nin (r�gions du Mono et du Borgou). Le s�chage a lieu essentiellement sur pied et dure des trois � six semaines.
Qu'elles aient lieu avant ou apr�s la r�colte, les op�rations de s�chage sont en g�n�ral imm�diatement suivies du d�spathage des �pis et de leur transport au village. Ce n'est que dans le Mono (B�nin) qu'on a pu observer un pr�stockage de trois au quatre jours avant le transport des �pis non d�spath�s, en vue du stockage. Dans ce dernier cas, les paysans constatent des pertes dues aux oiseaux et aux rongeurs, qu'ils �valuent entre 1 et 2%, sans compter les attaques de Sitophilus spp qui d�butent lors du s�chage sur pied.
Dans la sous-r�gion, la production du riz est concentr�e dans les basfonds et vall�es, les avals de barrages et les zones am�nag�es pour la culture irrigu�e. Mais il convient de distinguer les pratiques post-r�colte, d'une part pour le riz pluvial cultiv� traditionnellement, et d'autre part pour le riz irrigu�, d'introduction plus r�cente.
Dans le premier cas, ce sont g�n�ralement les femmes qui r�coltent le riz par �pi, le mettent en bottes et le transportent aussit�t � la concession pour le stockage. Cette pratique est traditionnelle chez les Mandingue de la Casamance et de la Guin�e-Bissau.
Dans le second cas, comme le riz arrive � maturit� au d�but de la saison des pluies, il faut proc�der le plus rapidement possible au s�chage. C'est pour cette raison que les hommes font la moisson et transportent les gerbes au village pour proc�der aussit�t au battage. Les grains de paddy sont alors �tal�s en minces couches sur une aire proprement balay�e en vue du s�chage.
Le ni�b� est g�n�ralement produit en association avec la c�r�ale principale, mil ou sorgho. Au bout de deux semaines environ de s�chage sur pied, il est r�colt� gousse par gousse, jusque en m�me temps que la c�r�ale associ�e. Dans les zones les plus humides o� l'infestation d'insectes sur le champ est plus � craindre, la r�colte est faite au fur et � mesure que les gousses viennent � maturit�. Ce n'est que par la suite que les gousses seront s�ch�es au village, � m�me le sol.
Il faut noter que les principales pertes subies par le ni�b� apr�s la r�colte sont dues � des infestations de Callosobruchus maculatus qui ont d�but� d�s le s�chage sur pied. M�me si, � ce stade, les d�g�ts caus�s par ce ravageur sont n�gligeables, ils pourront avoir un effet d�terminant sur l'importance des pertes en cours de stockage.
Pour le mil et le sorgho, le s�chage ne pose pas de probl�mes majeurs car, au bout d'une semaine d'attente sur pied apr�s maturit�, les grains sont suffisamment secs pour �tre r�colt�s et stock�s.
Les d�g�ts et les pertes qui peuvent se produire ont plut�t pour cause les d�lais et retards observ�s tant avant qu'apr�s l'op�ration de r�colte.
Pour le mals et le ni�b�, le probl�me majeur est celui de l'infestation par les charan�ons et les bruches respectivement, qui d�bute d�s le s�chage au champ et se d�veloppe normalement en cours de stockage.
Cela montre bien l'int�r�t qu'il y aurait � r�aliser dans les meilleurs d�lais les op�rations de s�chage et de r�colte pour r�duire les risques de
(cf. figures 1 � 8)
Les moyens traditionnels de stockage utilises dans les villages sont tr�s diversifi�s selon les ethnies et les zones agro-climatiques. Suivant le type de mat�riaux employ�s pour leur construction, on peut distinguer:
2.2.1.1 Greniers en mati�res d'origine v�g�tale
Les greniers en mati�res v�g�tales sont les structures de stockage typiques des zones guin�ennes et soudano-guin�ennes. Cependant, on les rencontre aussi dans des zones climatiques beaucoup plus s�ches telles que les zones soudano-sah�liennes. Ils sont utilis�s pour le stockage du mil, du sorgho et du mais par un grand nombre d'ethnies vivant dans ces diff�rentes zones (voir figures 1 � 4).
Commun�ment appel�s greniers en paille, ils sont g�n�ralement constitu�s de trois parties distinctes: la plate-forme, le contenant ou le corps du grenier et la toiture.
Les greniers en mati�res v�g�tales sont toujours �rig�s sur une plateforme ou assise qui les isole bien du sol. La hauteur de cette plate-forme augmente habituellement au fur et � mesure o� l'on descend du nord du Sahel vers les zones plus humides du sud. Ainsi cette hauteur peut varier de 25 � 30 cm seulement, chez les Gourmantch�, les Mossi et les Wolof par exemple, � 1 m et plus dans le sud du B�nin.
Normalement, la plate-forme est enti�rement faite de pi�ces de bois (branches d'arbre). Elle est alors soutenue par des poteaux en forme de fourche, ancr�s � 30-50 cm de profondeur dans le sol. Des poutres, au nombre de trois ou quatre en g�n�ral, sont simplement pos�es sur les poteaux. Des poutrelles, espac�es de 10 � 20 cm environ, sont attach�es � l'aide de lianes ou de cordes, perpendiculairement aux poutres, formant ainsi une assise horizontale qui portera le corps du grenier.
Les paysans utilisent de pr�f�rence des bois durs et r�put�s r�sistants aux termites. Parmi les bois les plus recherch�s pour les poteaux, poutres et poutrelles, on peut citer Prosopis africana (bois de fer), Burkea africana, Anogeissus leiocarpus, Khaya senegalensis, etc. Toutes ces esp�ces v�g�tales, autrefois disponibles � proximit� des villages, deviennent de plus en plus difficiles, sinon impossibles, � trouver. C'est l� un aspect inqui�tant du ph�nom�ne de d�sertification qui s'est �tendu et aggrav� depuis quelques ann�es.
Face � cette rar�faction, ou m�me disparition des meilleurs mat�riaux traditionnellement employ�s, les villageois ont recours � des esp�ces d'arbres moins r�sistantes pour les poutres et poutrelles et � de grosses pierres pour remplacer les poteaux. Evidemment, cette modification dans l'usage des mat�riaux affectera beaucoup la long�vit� des greniers.
Pour fabriquer le corps du grenier, les paysans utilisent les mat�riaux les plus ais�ment disponibles qu'ils tressent en longues nattes. Les tiges les plus couramment employ�es sont Andropogon guyanus, Guiera senegalensis, le bambou coup� en lamelles et les nervures de feuilles de palmier.
C'est en assemblant une ou plusieurs de ces nattes qu'on constitue le corps m�me du grenier, en lui donnant g�n�ralement une forme cylindrique.
Chez les Djerma du Niger et les Bariba du B�nin, le corps et- la toiture du grenier qui ne font qu'un (cf. figure 4) ont une forme conique. Malheureusement-, dans les zones soudano-sah�liennes, victimes de la d�sertification, les tiges servant � la confection des nattes sont, elles aussi, de plus en plus difficiles � trouver. Cela conduit � des modifications frappantes dans la fabrication des greniers, pour laquelle il est de plus en plus fait appel � l'argile pour remplacer les v�g�taux. C'est ce qu'on observe, par exemple, dans des villages Djerma aux environs de Niamey.
Sur tous les greniers construits avec des mati�res v�g�tales, le toit typique en paille est de forme conique. Il s'agit habituellement de plusieurs couches superpos�es d'herbes gramin�es (surtout Imperata cylindrica), recouvrant une armature en tiges de bois ou de bambou. L'armature est fix�e � l'aide de lianes ou de fibres v�g�tales aux supports verticaux du corps du grenier. Des cordes ou autres fibres retiennent solidairement les diff�rentes couches de paille.
Avec Imperata cylindrica utilis�e comme mat�riau de couverture, la toiture peut durer jusqu'� dix ans lorsqu'elle est- fixe ou semi-permanente, c'est-�-dire quand on ne l'enl�ve qu'au moment de l'engrangement de la r�colte. En effet, la plupart des greniers v�g�taux n'ayant pas d'ouverture lat�rale pour permettre l'acc�s � l'int�rieur, il faut n�cessairement soulever le toit. Dans le cas des greniers o� les pr�l�vements de provisions sont fr�quents, cela a pour effet de r�duire sensiblement la long�vit� de la toiture. Mais il existe aussi quelques types de greniers v�g�taux dont le toit est fixe et permanent, et qui sont pourvus alors d'une ouverture lat�rale, am�nag�e dans le corps du grenier (cf. figures 3 et 4).
Il faut noter encore que les pailles les plus recherch�es sont, elles aussi, de plus en plus difficiles � trouver, en raison notamment des feux de brousse et du surp�turage des troupeaux. Ce ph�nom�ne peut �tre observ� � l'�poque des r�coltes de mil et sorgho, c'est-�-dire en novembre-d�cembre, o� il arrive que les paysans suspendent les activit�s proprement agricoles (r�colte, transport, engrangement) pour se consacrer � la collecte des mat�riaux n�cessaires � la confection ou � la restauration des greniers. De nos jours, les mat�riaux utilis�s sont souvent des substituts v�g�taux de moindre qualit� (moins durables et plus perm�ables � l'eau), qu'il faut renouveler plus fr�quemment (tous les deux ans en moyenne).
2.2.1.2 Les greniers en terre argileuse
Les greniers en terre argileuse sont typiques des zones climatiques plus s�ches (sah�liennes et soudano-sah�liennes). Ils sont g�n�ralement localis�s � l'int�rieur ou � l'ext�rieur des habitations, suivant la fonction de stockage qui leur est assign�e. Selon les ethnies, il se pr�sentent sous des formes tr�s vari�es: cylindrique, trap�zo�dale, ovale, sph�rique, etc. (cf. figures 5 � 8). Commun�ment appel�s greniers en banco, il sont eux aussi compos�s de trois parties distinctes.
Elle est toujours constitu�e d'une assise de grosses pierres, soutenant des poutres et poutrelles en bois. Lorsqu'il s'agit d'un grenier � section horizontale carr�e, la plate-forme est faite de six grosses pierres, soutenant trois poutres ma�tresses, sur lesquelles repose un plancher fait de poutrelles en rangs serr�s (cf. figure 9).
Quand la section est circulaire, la plate-forme est alors constitu�e de grosses pierres dispos�es en forme de cercle et d'une plus grosse pierre au centre. Des poutres tr�s courtes, reliant les pierres les unes aux autres, soutiennent un plancher de poutrelles dispos�es en rangs serr�s comme les rayons d'une roue (cf. figure 10). Il existe une variante de cette structure (cf. figure 11), qui consiste tout simplement en un lit circulaire de grosses pierres, sans poutres ni poutrelles. Cette derni�re formule semble �tre le r�sultat d'une adaptation � la raret� croissante des mat�riaux v�g�taux. Ces trois derniers types de plate-forme, montr�s aux figures 9 � 11, sont toujours utilis�s pour les greniers de taille imposante (8 � 12 m3 en g�n�ral, et jusqu'� 60 m3 chez les Haoussa).
Pour les greniers de petite taille (0,5 � 2 m3), notamment chez les Gourmantch�, la plate-forme est faite d'une assise de trois, cinq ou neuf grosses pierres, dispos�es en forme de cercle, suivant la capacit� du grenier (cf. figure 12).
Pour tous les types de plate-forme d�crits ci-dessus, la hauteur par rapport au sol ne d�passe jamais 30 cm.
Parmi les greniers en argile, ceux dont les parois sont en mottes de banco sont les plus r�pandus. Souvent l'argile n�cessaire au mortier est judicieusement choisie. Normalement, il s'agit d'argile lourde que l'on trouve en bordure des rivi�res ou des marigots, ou bien d'argile de termiti�re. Dans la plupart- des cas, l'argile est m�lang�e � de la paille de gramin�es, finement hach�e. Lorsqu'elle est disponible, la paille de fonio est pr�f�r�e parce qu'elle constitue un meilleur stabilisant pour le mortier. Les S�noufo du nord de la C�te d' Ivoire utilisent un banco fait d'argile et de rachis d'�pis de riz. Une certaine huile d'origine v�g�tale (Parkia filicoidae) ou m�me l'huile de karit� (Butyrospermum parkii) sont aussi parfois utilis�es comme stabilisants.
D'une fa�on g�n�rale, le plancher en banco (5 � 7 cm d'�paisseur) et la premi�re couche des murs sont mont�s en une seule fois, sans m�langer de paille au banco. Pendant le temps de s�chage de cette premi�re assise (environ trois jours), le p�trissage du mortier d'argile et de paille peut d�buter. Le plus souvent on laisse fermenter le mortier pendant deux ou trois jours, en le conservant humide. Pour compl�ter la construction du corps du grenier, les parois sont �lev�es progressivement par couches successives dont l'�paisseur varie entre 7 et 10 cm. Normalement, on doit attendre qu'une derni�re couche ait s�ch� avant de poser la suivante. Ces attentes, parfois prolong�es, font que la construction d'un grenier en mottes de banco dure souvent plusieurs semaines. Une telle dur�e, s'ajoutant � la difficult� croissante de trouver de bons ma�ons sp�cialistes dans les villages, explique qu'il y ait une tendance � abandonner les greniers en mottes en faveur des greniers en briques de banco. Ces derniers ont l'avantage de pouvoir �tre �difi�s en une seule journ�e, si les briques et autres mat�riaux sont disponibles, mais ils ont aussi l'inconv�nient d'�tre beaucoup moins r�sistants.
Pour les greniers � section carr�e atteignant des hauteurs relativement importantes (2,5 � 3 m), des pi�ces de bois sont toujours plac�es au travers du contenant, � hauteur de poitrine. Elles servent d'entretoises donnant plus de rigidit� � la structure. Elles sont aussi utilis�es comme points d'appui pour acc�der � l'int�rieur du grenier, ou bien comme points d'attache pour la fixation du toit.
Lorsque la toiture est fixe, une ouverture de 50 x 50 cm en moyenne est toujours pr�vue � la partie sup�rieure des murs, du c�t� le moins expos� aux pluies. L'ouverture est plac�e � mi-hauteur pour les greniers portant un toit de paille amovible.
Chez certaines ethnies, notamment les Lobi, les Gourmantch�, les Dogon et les Somba, le contenant est divis� en deux, trois ou quatre compartiments permettant la s�paration de produits diff�rents.
Le toit en paille � large bordure au-dessus des murs est le type de couverture le plus r�pandu dans la sous-r�gion. Les mat�riaux utilis�s pour sa confection sont les m�mes que ceux qu'on emploie pour les greniers construits en mati�res v�g�tales.
La principale fonction du toit est de prot�ger les grains stock�s, mais aussi les murs du grenier contre la pluie et le rayonnement solaire excessif. La paille ad�quate permettant au toit de remplir ses fonctions devient de plus en plus rare, pour les m�mes raisons que celles �nonc�es pr�c�demment. Ainsi, dans certaines zones (par exemple aux alentours de Tillab�ry au Niger, et de S�libaby en Mauritanie), on note l'apparition de magasins � la place des greniers traditionnels (cf. figure 13).
Chaque ann�e, au moment des r�coltes, d�bute la r�fection ou la confection des greniers. Pour les greniers en paille, il s'agit de resserrer les arceaux de renfort des murs et de remplacer, tous les deux � cinq ans, suivant la qualit� de la paille disponible, le chaume de la toiture.
L'entretien du grenier en mottes de banco est moins fr�quent. Il consiste � refaire le cr�pissage des murs ext�rieurs, surtout des parties les plus exposoes aux pluies, tous les quatre ou cinq ans. Selon la qualit� de la paille qui compose le toit, celui-ci est chang� tous les deux � cinq ans.
En revanche, le grenier en briques de banco exige plus d'entretien. Le cr�pissage ext�rieur doit �tre refait pratiquement chaque ann�e afin de colmater les fissures et de r�parer les murs endommag�s par les pluies.
Certaines pr�cautions sont �galement prises avant le stockage de la nouvelle r�colte. Il s'agit d'abord de l'enl�vement complet de tout stock restant. C'est seulement apr�s cette op�ration qu'on proc�de g�n�ralement au nettoyage, parfois sommaire, de l'int�rieur du contenant. Chez les Djerma, les paysans ont l'habitude de taper sur la surface int�rieure des murs du grenier afin de faire tomber les termites et autres insectes des stocks, avant le balayage. Les Peulh de la Casamance cr�pissent le plancher du grenier en bambou � l'aide d'un m�lange de bouse de vache et de feuilles de Boumm� (Hyptis spicigera) pil�es.
En plus du balayage, l'int�rieur des greniers en banco est souvent recr�pi afin de colmater les fissures susceptibles d'abriter des insectes. Parfois, le mortier de banco utilis� pour le recr�pissage est m�lang� � des poudres � base de plantes locales ou de produit chimique. Chez les Lobi et les Dagari du Burkina Faso, des fumigations par la combustion de tiges de mil ou de rachis d'�pis de ma�s, � l'int�rieur des greniers, sont couramment utilis�es comme m�thode de lutte antiparasitaire avant l'entreposage de la nouvelle r�colte.