Table
des mati�res - Pr�c�dente - Suivante
La production c�r�ali�re, fortement d�ficitaire depuis de nombreuses ann�es, est limit�e � la partie sud du pays. Elle consiste traditionnellement en sorgho, que l'on cultive essentiellement au sud-est, dans le Guidimakha. La r�gion de Ka�di, dans la vall�e du fleuve S�n�gal, produit- elle aussi du sorgho mais �galement du mil et, de plus, fournit la plus grande part du riz cultiv� dans le pays.
Compte tenu du temps disponible, le projet a choisi de visiter la r�gion du Guidimakha en raison de sa tradition de production c�r�ali�re et aussi de l'existence d'un projet FAO de pr�vention des pertes post-r�colte.
1.1 R�colte et s�chage du sorgho
La r�colte du sorgho est faite en saison s�che. Les �pis sont coup�s et rassembl�s en petits tas dispers�s dans le champ. Cette premi�re op�ration peut durer deux ou trois jours, au bout desquels toute la r�colte est regroup�e en un seul grand t-as afin d'�tre transport�e au village. On peut en d�duire que le s�chage des �pis est suffisant au moment de la r�colte et que les d�lais observ�s pour la coupe et le transport sont dus principalement � un manque de main-d'oeuvre.
Avant la r�colte, lors du s�chage sur pied, les oiseaux (mange-mil) s'attaquent aux �pis. Une pratique courante dans la r�gion consiste � �riger des sortes de tours (d'une hauteur de 3 m ou plus) en plein champ, du haut desquelles les enfants, munis de frondes et � force de cris, tentent d'�loigner les oiseaux.
Apr�s la coupe et avant le transport, les �pis mis en tas font encore l'objet de d�pr�dations caus�es par les troupeaux d'�levage, les phacoch�res et les oiseaux, et de vols. La surveillance des r�coltes est donc indispensable si l'on veut limiter les d�g�ts, mais elle a l'inconv�nient d'immobiliser une main-d'oeuvre qui, autrefois, se consacrait � la pr�paration des greniers en vue du stockage (r�fection des toitures, recr�pissage des parois int�rieures et ext�rieures). Il faut dire que cette insuffisance de main-d'oeuvre a �t� accentu�e depuis plus d'une vingtaine d'ann�es par la forte �migration masculine de la r�gion.
1.2 Stockage du sorgho
Dans le Guidimakha, le stockage du sorgho se fait toujours en �pis, entrepos�s en vrac. Pour les agriculteurs interrog�s, cette forme de stockage a l'avantage d'assurer une meilleure conservation et d'�tre plus �conomique en limitant les "pr�l�vements abusifs" de la part des femmes (c'est l� l'opinion des hommes).
Le mod�le de grenier traditionnel, utilis� dans la r�gion, consiste en une structure cylindrique en banco, ayant un diam�tre de 2 � 4 m et une hauleur moyenne de 1,5 � 1,80 m. Elle repose sur une plate-forme en branchages, soutenue par de grosses pierres. Une toiture en paille recouvre le corps du grenier. Une porte-fen�tre rectangulaire, mesurant en moyenne 80 � 100 cm sur 50 cm, en permet l'acc�s (cf. figure G.1). De petits compartiments, destin�s � s�parer divers produits, sont am�nag�s dans les greniers appartenant aux femmes.
L'argile utilis�e est normalement m�lang�e � de la paille de gramin�es finement hach�e. Ce mortier est soigneusement p�tri et reste � fermenter pendant deux ou trois jours avant d'�tre employ�. Cependant, les paysans d�plorent la p�nurie de paille, qui entra�ne la fabrication d'un banco moins r�sistant. Cet:te p�nurie de mat�riaux v�g�taux, cons�cutive aux longues ann�es de s�cheresse, se r�percute �galement sur la confection des toitures et des plates-formes en bois.
Confront�s � ces contraintes, les paysans ont cherch� � y rem�dier gr�ce � diverses solutions. La premi�re d'entre elles consistait � remplacer le toit en paille par une terrasse de banco reposant sur un lit de branchages. Mais la base du grenier, qui convenait � l'ancien mod�le, n'a pas r�sist� � la surcharge exerc�e par cette terrasse: une pierre de pilier s'enfonce, en p�riode d'hivernage, et d�stabilise l'ensemble.
Au moment du passage de l'�quipe du projet, ce type de grenier modifi� avait �t� pratiquement abandonn� au profit d'une nouvelle structure de stockage, commun�ment appel�e magasin (cf. figure G.2). Il s'agit d'une construction de forme rectangulaire, en blocs d'argile, reposant directement sur le sol, et recouverte d'une toiture en t�le ondul�e, � pente unique. Les �pis de sorgho y sont directement entass�s � m�me le sol.
Avant l'hivernage, il est courant maintenant de voir les paysans battre au fl�au la quantit� de grain n�cessaire � l'alimentation de la famille durant une p�riode de trois mois environ, ceci, pour lib�rer le maximum de main-d'oeuvre en vue des travaux des champs. Le grain ainsi battu est mis en sac et conserv� dans les magasins ou dans les habitations. Mais on trouve des producteurs qui, dans l'impossibilit� de r�parer convenablement leurs greniers traditionnels, recourent � cette m�thode de stockage en sac, avec toutes les cons�quences qui en r�sultent pour la conservation.
1.3 Stockage des semences et des l�gumineuses
Quelle que soit la structure de stockage utilis�e, le sorgho destin� � la semence est toujours conserv� en �pi. D�s la r�colte, les meilleurs �pis sont tri�s et stock�s � part, puis accroch�s au toit, � l'int�rieur des greniers ou des habitations.
Pour la conservation du ni�b�, on emploie une m�thode particuli�re s'inspirant du principe du bain-marie. Les graines sont plac�es dans un grand r�cipient semi-sph�rique, en terre cuite ou en m�tal, et chauff�es � la vapeur. Ce traitement aurait pour effet de d�truire les bruches � tous les stades de leur d�veloppement. Des petits greniers en banco, genre canaris, recouverts d'un chapeau de paille et soigneusement bouch�s, �taient autrefois utilis�s pour une conservation du ni�b� en atmosph�re confin�e. La combinaison de ces deux proc�d�s permettrait, selon les paysans, de conserver le ni�b� pendant deux ou t-rois ans.
Actuellement, le ni�b� est surtout stock� en grain, dans des sacs, � l'int�rieur des habitat-ions.
1.4 D�g�ts et pertes
1.4.1 D�g�ts et pertes dus aux insectes
L'apparition des insectes sur les stocks de sorgho est constat�e par les agriculteurs au d�but de la saison des pluies, soit au bout de sis � sept mois de stockage. D'apr�s leurs descriptions, les principaux ravageurs en question semblent �tre: Rhizopertha dominica et Tribolium castenum, peut-�tre aussi Trogederma granarium, dont la pr�sence dans la r�gion a �t� confirm�e par le Directeur du projet PFL.
L'importance des d�g�ts dus aux insectes varie selon la structure de stockage utilis�e. Cela ressort des d�clarations m�mes des paysans interrog�s. Ainsi, un grenier traditionnel avec une bonne toiture en paille permet-traitde conserver les �pis de sorgho en bon �tat pendant quatre ou cinq ans. En revanche, dans un magasin avec toiture en banco, la bonne conservation n'exc�derait pas deux ans, et pas plus de sept mois avec un toit en t�le.
Avant l'apparition des contraintes relatives � l'insuffisance de maind'oeuvre mentionn�es pr�c�demment et l'introduction de nouveaux ravageurs avec les importations de riz, les greniers traditionnels b�n�ficiaient- d'un recr�pissage int�rieur et ext�rieur soign�, qui devait avoir un certain effet prophylactique. Cette pratique ancienne peut expliquer la qualit� de conservation du grenier traditionnel, affirm�e par les paysans.
Actuellement, les pertes observ�es par les agriculteurs dans un grenier traditionnel sont estim�es � 2% environ pour 12 mois de stockage. Dans un magasin avec toit en t�le, un paysan affirme avoir perdu en une ann�e (1972) cinq sacs sur 32, soit environ 16%. Aussi dit-il �tre revenu bien vite � l'usage de l'ancien grenier.
1.4.2 D�g�ts et pertes dus aux rongeurs et aux moisissures
Quel que soit le type de structure actuellement utilis� pour stocker le sorgho, les rongeurs r�ussissent toujours � y p�n�trer. Il s'agit surtout de souris dont les d�g�ts, de l'avis des villageois, sont tr�s difficiles � �valuer.
Les moisissures n'apparaissent dans les greniers traditionnels que lorsque la toiture n'est pas en excellent- �tat et laisse l'eau s'infiltrer (d�faut de renouvellement de la paille). En revanche, dans les magasins o� les �pis sont directement entass�s sur le sol, la moisissure se d�veloppe � la base du stock et forme couramment une couche d'environ 5 cm d'�paisseur. C'est l� une perte � laquelle les paysans semblent se r�signer.
1.5 Techniques de pr�servation
1.5.1 Techniques traditionnelles
Pour lutter contre les insectes, la technique traditionnelle consiste essentiellement � enlever tout ancien stock du grenier et � refaire enti�rement le cr�pissage int�rieur, le but de cette op�ration �tant d'�viter ou de limiter toute infestation r�siduelle. Avant la rentr�e du nouveau stock, on utilise habituellement de la cendre (cendre de baobab) qui est r�pandue sur les parois ext�rieures du grenier.
Pour le ni�b�, il convient de se reporter au traitement d�crit ci-avant � la section 1.3.
Pour la lutte contre les souris, les villageois faisaient appel aux chats et- utilisaient des pi�ges naturels de fabrication locale (cucurbitac�e � long col �troit), munis d'un app�t � base d'arachides grill�es. Ceux-ci sont remplac�s maintenant par des pi�ges m�talliques import�s.
1.5.2 Insecticides chimiques
Dans la r�gion, le HCH, que les paysans appellent encore DDT, est d'usage courant. Il est employ� pour traiter tant les parois ext�rieures des greniers que les grands tas d'�pis dans les champs.
2.1 P�nurie de main-d'oeuvre
L'importante �migration de la force de travail depuis une g�n�ration, plus particuli�rement au sein des familles rurales, est l'une des contraintes majeures qui caract�risent la r�gion du Guidimakha. Ce ph�nom�ne social en a boulevers� l'�quilibre socio-�conomique et, de ce fait, non seulement: la production agricole a �t� fortement affect�e, mais �galement l'ensemble du syst�me post-r�colte. Cela se traduit principalement par des retards dans la collecte et l'�vacuation des r�coltes vers les villages, de m�me que par une surcharge de travail qui limite les possibilit�s de pr�paration des greniers en temps voulu.
Ainsi, les r�coltes, restant trop longtemps au champ, sont l'objet de d�pr�dations de toutes sortes, malgr� le gardiennage.
D'autre part, la bonne pratique qui consistait � recr�pir tout l'int�rieur des greniers n'est plus syst�matiquement effectu�e, et ce, au d�triment de la qualit� de la conservation.
2.2 Disparition ou rar�faction des mat�riaux v�g�taux
Le grenier traditionnel, utilis� auparavant, permettait la conservation des c�r�ales pendant plusieurs ann�es sans probl�me majeur de moisissures ou d'infestation par les insectes. La rar�faction, voire la disparition des mat�riaux v�g�taux, sp�cialement des pailles et des bois r�sistants,
cons�quence directe des longues ann�es de s�cheresse, a eu pour r�sultat des mutations sensibles dans les structures et les m�thodes de stockage des grains. Les solutions de remplacement vers lesquelles se tournent actuellement les paysans sont de loin inf�rieures aux m�thodes traditionnelles. Les d�g�ts observ�s par exemple dans les magasins � toit de t�le sont nettement plus importants que ceux survenant dans les greniers en banco, en raison des conditions ambiantes favorables au d�veloppement des insectes parasites et des remont�es d'humidit� � partir du sol.
Cependant, pour expliquer l'adoption de ces magasins par certains villageois, on ne peut exclure que le prestige social a sa part dans la d�cision.
2.3 Utilisation des insecticides chimiques
Les produits insecticides chimiques recommand�s pour le stockage des produits vivriers ne sont ni commercialis�s ni vulgaris�s par les services d'encadrement dans la r�gion. En cons�quence, les agriculteurs n'ont d'autre recours que d'employer, apr�s le DDT, le HCH que l'on trouve facilement en vente libre sur les march�s locaux. Cette pratique est dangereuse pour la sant� m�me des villageois.
Figure G.1: Grenier traditionnel Sarakoll� (R�gion du Guidimakha, sud-est de la Mauritanie).
Le Niger, dont pr�s de 90% de la population vit de l'agriculture, est, de tous les pays sah�liens de la sous-r�gion, celui o� les effets de la s�cheresse se sont faits le plus sentir.
Les principales productions vivri�res sont le mil et le sorgho qui constituent la base traditionnelle de l'alimentation, auxquelles il faut ajouter le ni�b� et l'arachide dont la production est importante en ann�e de pluviom�trie normale, ainsi que le riz le long de la vall�e du fleuve Niger.
Le projet a pu visiter les principales r�gions productrices de mil et de sorgho, plus pr�cis�ment les arrondissements de Tillab�ry, Say, Niamey, Dosso, Tahoua et- Madaoua.
Les populations rencontr�es dans ces r�gions sont constitu�es essentiellement par les ethnies Wogoow, Bela, Djerma et Haoussa, chacune d'elles ayant ses propres traditions qui se manifestent notamment dans le syst�me post-r�colte utilis�.
1.1 R�colte et s�chage
1.1.1 Mil et sorgho
Dans toutes les zones visit�es, le mil et le sorgho sont s�ch�s sur pied avant d'�tre r�colt�s. Cette op�ration de s�chage dure deux � quatre semaines pendant lesquelles les oiseaux sont l'ennemi le plus redout�. En l'absence d'une surveillance �troite, g�n�ralement assur�e par les enfants, les d�g�ts caus�s par ces ravageurs peuvent �tre importants et m�me compromettre la r�colte, aux dires des paysans interrog�s.
Traditionnellement, les �pis de mil et de sorgho, coup�s et mis en bottes dans le champ, pouvaient rester sur place pendant plus d'un mois. Cependant, depuis quelques ann�es, par crainte des troupeaux mais aussi des vols, les bottes sont transport�es au village d�s apr�s la r�colte.
1.1.2 Riz
Le riz, cultiv� dans les parcelles am�nag�es de la vall�e du Niger, est r�colt� une semaine apr�s maturit�. Pendant ce s�chage sur pied, comme pour le mil et le sorgho, les oiseaux sont les principaux responsables des pertes qui peuvent atteindre, selon les villageois, 10 � 15% de la r�colte, et ce, malgr� une surveillance assur�e par les enfants ou les adultes.
Aussit�t r�colt�s, les �pis sont battus par les hommes � l'aide de fl�aux ou de batteuses � p�dales, en vue du stockage qui se fait toujours en grain.
1.2 Stockage
1.2.1 Structures et techniques de stockage
1.2.1.1 Ethnies Wogoow et Bela
La zone de Tillab�ry, dans la vall�e du Niger, a �t� particuli�rement affect�e par la derni�re p�riode de s�cheresse qui a pratiquement dur� trois ans (1982-85). Les r�serves de mil et de sorgho, au moment du passage de l'�quipe du projet, �taient pratiquement inexistantes. Seuls les agriculteurs b�n�fificiant de parcelles am�nag�es pour la culture rizicole avaient encore quelques stocks de riz qu'ils �changeaient contre du mil sur les march�s locaux
Chez les Wogoow comme chez les Bela, le mil et le sorgho destin�s � la consommation familiale sont traditionnellement stock�s dans des greniers en banco, sous forme d'�pis. Ce mode de stockage r�pond � un souci d'�conomie, notamment, disent les hommes, par crainte de gaspillage de la part des femmes; en m�me temps, il est une pr�caution contre les risques de vol.
Les greniers sont install�s sur un lit de grosses pierres qui remplacent les anciennes poutres et poutrelles en bois r�sistant aux termites, devenues introuvables dans la r�gion. On observe m�me que, chez les Bela, le toit conique en paille tend � dispara�tre et on se contente de boucher convenablement avec de l'argile l'ouverture circulaire situ�e sur la partie sup�rieure de la structure. Il faut dire que l'architecture m�me du grenier Bela, qui se termine en forme de d�me surmont� d'un col, permet facilement cette modification. En revanche, le grenier Wogoow, au corps cylindrique et compl�tement ouvert au sommet, doit n�cessairement recevoir un toit protecteur qui est: toujours en paille. Mais cette derni�re est elle aussi de plus en plus difficile � trouver du fait de la s�cheresse prolong�e.
Cette rar�faction des divers mat�riaux v�g�taux, s'ajoutant � la crainte de plus en plus forte des vols, explique la tendance qui se g�n�ralise � stocker le grain battu et mis en sac dans des magasins soigneusement ferm�s � clef (cf. figure H.1). Ainsi, dans le village Da�kaina, pr�s de Tillab�ry, trouve-t-on maintenant plus de magasins que de greniers traditionnels.
Chez les Wogoow, les femmes ont leurs propres r�serves de c�r�ales qui leur sont allou�es par les hommes en compensation de leur travail m�nager. Ces r�serves sont stock�es en grain dans de petits greniers en argile. Elles en ont l'enti�re disposition et ne les utilisent qu'� l'occasion de d�penses exceptionnelles telles que le mariage d'un de leurs fr�res.
1.2.1.2 Ethnie Djerma
Chez les Djerma des environs de Say et de Dosso, les �pis de mil r�colt�s tr�s secs et mis en bottes sont transport�s au village en vue du stockage. L�, les bottes sont d�li�es et les �pis �tal�s soigneusement � l'int�rieur des greniers.
Le grenier Djerma, appel� Barma (cf. figures H.2 et H.3), dont la capacit� varie en moyenne de 12 � 18 m3, mais peut atteindre aussi 30 m3 et plus, est
enti�rement construit en mat�riaux v�g�taux. Il comprend une plate-forme, relativement sur�lev�e (70 � 80 cm), qui le pr�munit utilement contre les remont�es d'humidit� du sol mais surtout contre les d�g�ts risquant d'�tre provoqu�s par les �nes, les ch�vres et: les moutons. Cette plate-forme, faite de poutres et: poutrelles en bois, est soutenue par de solides poteaux en forme de fourche. Le corps du grenier et la toiture qui ne font qu'un, sont constitu�s de trois couches de tiges superpos�es de la fa�on suivante: � l'int�rieur, une couche de secco, au milieu, des tiges de mil, � l'ext�rieur, une couche de paille retenue solidairement � la plate-forme � l'aide de fibres v�g�tales.
Le remplissage du grenier est fait dans un premier temps par l'ouverture lat�rale inf�rieure, puis par le sommet qui n'est ouvert qu'� cette occasion.
Normalement, la paille du toit doit �tre renouvel�e tous les deux ou trois ans tandis que les �l�ments de la plate-forme peuvent: durer jusqu'� dix ans. De nos jours, la construction d'un grenier n�cessite souvent l'achat des poteaux, des poutres et des seccos dont la d�pense est �valu�e selon les villageois entre 30 000 et 35 000 FCFA pour un grenier de grande capacit� pouvant contenir 400 battes de mil (soit l'�quivalent de 4 t de grain).
Tout comme dans d'autres r�gions du pays, les effets de la s�cheresse ont des r�percussions sur les techniques de construction des greniers. Dans les environs de Niamey, par exemple, on peut noter l'apparition chez les Djerma de structures en banco reposant sur une plate-forme en pierre, �rig�es � c�t� du grenier traditionnel en paille dont ils ont gard� la forme habituelle.
1.2.1.3 Ethnie Haoussa
Les greniers Haoussa, appel�s Rufewa, sont impressionnants, tant par leur architecture et leur volume que par leur long�vit�. Ils sont utilis�s pour le stockage du mil et du sorgho en �pi, ainsi que pour le ni�b� en grain. Ces greniers sont enti�rement construits en banco.
La disponibilit� ou non de mat�riaux v�g�taux influence les techniques de construction, que l'on peut ramener � deux types principaux. Tout d'abord, aux environs de Madaoua, le grenier comprend une assise circulaire de grosses pierres soutenant une plate-forme faite de poutres et de petites traverses en bois, dispos�es autour du centre comme les rayons d'une roue. Le corps du grenier, dont: la forme est celle de deux troncs de cone invers�s (cf. figure H.4), est construit en couches successives (environ 20 cm de hauteur) d'argile, souvent m�lang�e � de la paille finement hach�e. Il se termine, � son sommet, par une petite ouverture circulaire (50-70 cm de diam�tre), permettant le remplissage et l'acc�s dans le grenier. Un petit chapeau en paille recouvre cette ouverture. La partie conique sup�rieure est toujours recouverte de chaume pour la prot�ger des intemp�ries (pluies et rayonnement solaire).
Plus au nord, pr�s de Tahoua, la structure du grenier est plut�t sph�rique (cf. figure H.5) et repose simplement sur un lit de grosses pierres, sans plate-forme en bois. Elle pr�sente deux autres diff�rences par rapport au type de grenier pr�c�dent: d'une part, la pr�sence d'une ouverture lat�rale, � mi-hauteur, s'ajoutant � l'ouverture du sommet; d'autre part, l'absence de jupe de chaume sur la partie sup�rieure du corps du grenier.
1.2.2 D�g�ts et pertes
1.2.2.1 Infestation par les insectes
Selon les paysans Djerma interrog�s, leurs greniers en paille permettent de conserver les �pis de mil et de sorgho sans infestation pendant un an.
Dans les greniers en banco des Bela, des Wogoow et des Haoussa, l'infestation d'insectes sur le mil et le sorgho devient �vidente au d�but de la saison des pluies mais, aux dires des villageois, n'occasionne que des d�g�ts n�gligeables. Quant au riz stock� en paddy, il reste intact pendant un an au moins.
En ce qui concerne le ni�b�, la technique utilis�e par les Djerma consiste � le stocker en gousses dans les greniers v�g�taux. Cette m�thode ne permet pas de le conserver en bon �tat au-del� de trois mois. Chez les Haoussa, en revanche, le ni�b� est stock� en grain dans les greniers de banco. La technique de conservation repose sur l'emploi de sable tamis�, qui remplit tous les espaces vides et emp�che ainsi les d�placements des bruches.
On commence par r�pandre une couche de sable de 20 cm d'�paisseur sur le fond du grenier, puis une couche de grains de m�me �paisseur, et ainsi de suite, en alternant r�guli�rement sable et grains de ni�b�, pour terminer toujours par une couche de sable. Cet:te technique permet, d'apr�s les producteurs, de conserver le ni�b� sans pertes pendant au moins cinq ans.
1.2.2.2 Probl�mes engendr�s par les termites
Les paysans Djerma se plaignent des d�g�ts caus�s par les termites dans leurs greniers, qu'il s'agisse des mat�riaux de bois et de paille ou m�me des stocks de c�r�ales. Ces d�g�ts, qui ont surtout pour effet de limiter la dur�e de vie des greniers, semblent dus principalement � la disparition des mat�riaux r�sistants aux termites, que l'on remplace par des produits v�g�taux de moindre qualit�.
Quant aux greniers en banco, il semble que les termites n'y occasionnent que des d�g�ts n�gligeables.
1.2.2.3 D�g�ts caus�s par les rongeurs
La pr�sence des rongeurs, des souris principalement, est surtout manifeste dans les greniers en paille et les nouveaux magasins en banco o� ils s'installent presque en permanence. Les signes de cette pr�sence signal�s par les villageois sont- presque toujours les trous dans le plancher et les sacs d�chir�s dans les magasins, ou les �pis rong�s et �miett�s � l'int�rieur des greniers.
L'intrusion des rongeurs dans les greniers en banco n'a �t� signal�e que dans les cas o� les structures reposent sur un lit de pierres. Selon les paysans, ces ravageurs arrivent parfois � percer la base de la structure et � s'�tablir � l'int�rieur du grenier.
1.2.3 Utilisation de produits chimiques
A part la technique de conservation du ni�b� d�crite plus haut, les m�thodes traditionnelles de lutte contre les parasites semblent avoir disparu. C'est la raison pour laquelle tous les agriculteurs rencontr�s disent utiliser des "poudres", soit pour prot�ger la structure contre les termites, dans le cas des greniers en paille, soit pour pr�server le grain contre les insectes. Le produit le plus couramment employ� est le HCH que les paysans appliquent sur les poteaux et la plate-forme des greniers v�g�taux, sur les parois int�rieures, mais aussi parfois � la surface du stock lui-m�me. Outre le HCH, les villageois utilisent �galement le Thirame, le Thioral et m�me le Dieldrine, qu'ils ach�tent disent-ils aupr�s des services agricoles ou bien sur les march�s locaux.
2.1 R�colte et s�chage
Pour toutes les denr�es cultiv�es, c�r�ales et l�gumineuses, on observe des d�lais de r�colte plus ou moins longs: deux � quatre semaines pour le mil, le sorgho et le ni�b�, une semaine pour le riz. Ces d�lais occasionnent des pertes importantes (jusqu'� 10-15% pour le riz) dues principalement aux invasions d'oiseaux. Or, au Niger, les conditions hygrom�triques qui pr�valent au moment des r�coltes, d'octobre � d�cembre, doivent permettre de r�duire sensiblement cette dur�e de s�chage. On peut en conclure qu'il existe une autre cause au retard dans la r�colte, qu'il serait n�cessaire d'identifier.
2.2 Stockage
Les techniques de stockage utilis�es traditionnellement au Niger �taient parfaitement adapt�es � la fonction qui leur �tait assign�e. Autrefois, par exemple, chez les Bela, les greniers en banco �taient pourvus d'un toit en paille qui les prot�geait bien des pluies et du rayonnement solaire, et ils reposaient sur une plate-forme en bois r�sistant aux termites et emp�chant l'acc�s des rongeurs. Chez les Djerma, les mat�riaux v�g�taux utilis�s �taient pr�vus eux aussi pour r�sister aux termites. Chez les Haoussa, dans la r�gion de Tahoua, les greniers en banco reposaient sur des plates-formes en bois, comme c'est: encore le cas plus au sud, pr�s de Madaoua.
Suite aux longues ann�es de s�cheresse, ces techniques ont �t� alt�r�es, sp�cialement dans le choix des mat�riaux de construction. On peut relever les modifications suivantes: disparition du toit en paille et de la plate-forme en bois du grenier Bela; disparition �galement de la plate-forme en bois du grenier Haoussa, dans les environs de Tahoua; utilisation, partout ailleurs, de bois et de tiges de gramin�es beaucoup moins r�sistants aux attaques des termites.
Ces diverses mutations ont des cons�quences n�gatives quant � la solidit� des structures et la qualit� de la conservation. Ainsi, tous les villageois Djerma interrog�s disent avoir des probl�mes en ce qui concerne l'infestation de leurs greniers par les t-ermites, au point que certains ont d�j� construit des structures en banco sur le mod�le et � la place des greniers traditionnels en paille. Dans la r�gion de Tillab�ry, c'est le stockage en sac dans des magasins en banco, o� le grain est plus expos� � l'humidit� du sol et aux attaques des ravageurs, qui se propage au d�triment du stockage traditionnel en �pis. Dans la r�gion de Tahoua, les greniers install�s sur un simple lit de pierres sont plus vuln�rables � la p�n�tration des rongeurs qui parviennent � s'introduire par la base.
Une autre cons�quence de ces mutations est la g�n�ralisation de l'emploi d'insecticides tels que le HCH, le Thirame, le Thioral, voire le Dieldrine, qui sont des produits tr�s toxiques et dont l'emploi sur les produits vivriers est totalement d�conseill�. Cette situation est due tant au manque de sensibilisation et de formation des agriculteurs qu'� la non-disponibilit� de produits moins toxiques et l'absence de l�gislation sur les produits phytosanitaires dans le pays.
Enfin, il faut souligner ici que le projet n'a pu se rendre dans la r�gion de Zindero�, selon des techniciens du d�veloppement rural, le stockage des c�r�ales est fait principalement en grain; il serait important de savoir si c'est l� une pratique traditionnelle ou bien une m�thode r�cemment adopt�e en raison de nouvelles contraintes.
3.1 Evaluation des nouvelles structures familiales de stockage
Un nouveau mode de stockage des c�r�ales � l'int�rieur de constructions en banco avec toiture en t�le est apparu et se propage aux environs de Tillab�ry. Le grain battu est mis en sac � m�me le sol de terre battue. Cette m�thode pr�sente l'avantage de prot�ger les paysans contre les vols devenus fr�quents dans les villages. Mais, par rapport au grenier traditionnel, elle a l'inconv�nient d'exposer davantage les grains aux remont�es d'humidit�, aux attaques de rongeurs et aux infestations d'insectes.
En cons�quence, il est recommand� de mener des enqu�tes pour �valuer la situation, puis d'�tudier et de proposer un type de structure mieux appropri�e, tant pour la bonne conservation des c�r�ales que pour la protection contre les vols. Cette recherche devrait s'orienter en priorit� vers l'am�lioration du grenier traditionnel afin de mieux l'adapter aux contraintes nouvelles.
En ce qui concerne la r�gion de Niamey, les effets de la s�cheresse prolong�e ont entra�n� chez les Djerma la rar�faction, sinon la disparition, des meilleurs mat�riaux v�g�taux utilis�s pour la confection des greniers. Aussi, note-t-on l'apparition de nouveaux greniers en banco, construits selon la m�me architecture que les anciens greniers en paille. C'est l� une mutation dont la technique n'est pas ma�tris�e. C'est pourquoi il est recommand� de suivre et d'�valuer cette nouvelle structure de stockage en vue de l'adapter aux exigences d'une bonne conservation.
Enfin, chez les Haoussa de la r�gion de Tahoua, les greniers install�s maintenant sur simple lit de pierres sont beaucoup plus vuln�rables aux attaques des rongeurs qui parviennent facilement � s'y introduire. Il serait n�cessaire d'�valuer l'ampleur des d�g�ts caus�s par ces rongeurs en vue de proposer une solution appropri�e.
3.2 Formation et vulgarisation en mati�re phytosanitaire
L'insuffisance, sinon l'absence, de sensibilisation des agriculteurs sur les dangers que pr�sente l'emploi des pesticides explique l'utilisation courante de produits toxiques tels que le HCH dans toutes les r�gions visit�es. Il est donc fortement recommand� d'entreprendre une campagne nationale d'information et: de sensibilisation sur les risques inh�rents � l'usage de ces produits, en commen�ant par le personnel d'encadrement des paysans.
3.3 N�cessit� d'une l�gislation phytosanitaire
L'absence d'une v�ritable l�gislation sur les produits phytopharmaceutiques dans le pays prive les autorit�s de moyens de contr�le de la distribution et de l'utilisation de ces produits. Il est donc recommand� aux pouvoirs publics de doter le pays d'une v�ritable l�gislation permettant un contr�le efficace de la composition, de l'homologation et de la distribution des produits phytopharmaceutiques.
Figure H.2: Barma, grenier traditionnel en mat�riaux v�g�taux (Environs de Niamey, Niger)
Figure H 4: Grenier Haoussa (R�gion de Madaoua , Niger)
Figure H.5: Grenier Haoussa (R�gion de Tahoua, Niger)