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3. Conclusions

Table des mati�res - Pr�c�dente - Suivante

Dans la zone visit�e, le probl�me des rongeurs pr�occupe � tel point les paysans qu'ils semblent ignorer ou m�sestimer les pertes dues aux insectes, en l'absence de tout produit de pr�servation. Le grenier traditionnel en mat�riaux v�g�taux est en effet d'un acc�s tr�s facile pour les rongeurs qui y trouvent souvent refuge et y font leurs nids.

Malgr� quelques tentatives, les paysans n'ont pas encore trouv� la solution qui r�glerait leur probl�me. Pourtant, le Bountoung �tant un grenier tr�s sur�lev� (plate-forme � 1,50 m de haut), il est relativement facile d'y adapter un syst�me de protection contre les rongeurs (rat-guard) (cf. figures E.3 et E.4) � mi-hauteur, sur chacun des poteaux de support. Cela emp�cherait les rongeurs d'avoir acc�s aux produits stock�s dans le grenier.

Figure E.1 Grenier Mandingue enti�rement construit en mati�re v�g�tale, appel� Bountoung. Utilis� pour le stockage des �pis de c�r�ales (sud du S�n�gal et nord de la Guin�e-Bissau).

Figure E.2: Natte en lamelles de bambou tress�es, appel�e Crinting. Utilis�e pour la confection du corps du grenier Mandingue (sud du S�n�gal et nord de la Guin�e-Bissau).

Figure E.3: Syst�me de protection contre les rongeurs dispos� sur chaque poteau de support.

Figure E.4: La pose du syst�me de protection des greniers contre les rongeurs.

 

F. Mali

Durement touch� par la s�cheresse depuis de nombreuses ann�es, le Mali conna�t de forts courants migratoires tant vers la capitale et les villes de l'int�rieur que vers les pays c�tiers du sud ainsi que vers l'Europe. Dans certaines r�gions, celle de Kayes en particulier, cette �migration atteint jusqu'� 40 � 50% des hommes adultes de la population rurale. Un tel exode se r�percute in�vitablement sur l'�conomie de ces zones essentiellement agricoles.

Le mil et le sorgho, c�r�ales traditionnelles auxquelles s'ajoute le fonio, constituent la base de l'alimentation. Sur un total de 1 150 000 t environ en 1983-84, 90% de leur production proviennent des r�gions de Koulikoro, de S�gou, de Mopti et de Sikasso.

Le riz et le mais sont les deux autres produits vivriers. Le riz est cultiv� dans la vall�e du fleuve Niger, essentiellement dans les r�gions de S�gou et de Mopti, qui fournissent environ 80% de la production. Quant au mais, il est cultiv� principalement dans la r�gion de Sikasso, au sud, qui est aussi une grande zone cotonni�re, encadr�e par la Compagnie malienne pour le d�veloppement des textiles (CMDT).

Compte tenu de l'�tendue du territoire et du temps disponible, le projet n'a pu visiter que la partie sud-est du pays, o� vivent principalement les ethnies Dogon, Bo (Bwa) et Minianka. Il s'agit des cercles de Mopti, de Tominian, de San et de Koutiala.

1. Systemes post-recolte

1.1 R�colte et s�chage

1.1.1 Pays Dogon

Le pays Dogon n'est pas une zone au relief uniforme, mais comprend trois parties distinctes: la plaine, la falaise et le plateau, o� les techniques post-r�colte varient sensiblement.

Les nombreuses denr�es cultiv�es par les paysans: fonio, pois de terre, arachide, oseille ou d�, haricot et mil, arrivent � maturit� presque � la m�me �poque. Aussi, bien que le mil puisse �tre coup� d�s la mi-octobre, sa r�colte est retard�e jusqu'� la mi-d�cembre. En effet, le fonio, une fois s�ch�, s'�gr�ne facilement, entra�nant des pertes consid�rables. C'est pourquoi il doit �tre r�colt� le premier, ce qu'exprime � sa mani�re un proverbe dogon: "Quand le fonio arrive � maturit�, la daba est termin�e", autrement dit, il faut suspendre tous les travaux agricoles pour r�colter le fonio.

Le fonio est fauch� d�s la maturit�, mis en tas, les �pis �tant dirig�s vers le haut. Le battage est r�alis� d�s le lendemain et fait l'objet d'une c�r�monie o� la premi�re r�colte est consomm�e, le soir, dans le souvenir des anc�tres: c'est le nya kanda ou nouvelle r�colte. Sur la falaise, le battage des �pis, dispos�s face a face sur un rocher, est effectu� � l'aide de fl�aux en bois. Dans la plaine, en revanche, le battage est fait sur une aire simplement balay�e.

Malgr� cette r�colte pr�coce, des pertes sensibles par �grenage, �valu�es � 5% par les villageois, sont � d�plorer. Les termites et les fourmis causent �galement des pertes non n�gligeables lors du s�chage sur pied.

Le mil est r�colt� apr�s tous les autres produits. Les six semaines d'attente qui pr�c�dent entra�nent des pertes caus�es principalement par les oiseaux et les animaux sauvages. On commence par coucher les tiges de mil � la pioche. Suivant la taille du champ, cette op�ration peut durer trois � sept jours. Les �pis sont ensuite coup�s � l'aide d'un petit couteau sp�cial, semblable � celui qu'utilisent les Haoussa du Niger, et: mis en petits tas. Ces tas seront regroup�s en une grosse meule que l'on entourera de branches d'�pineux pour la prot�ger des animaux d'�levage.

Selon que le village est situ� dans la plaine ou sur la falaise, la r�colte, dans le premier cas, est transport�e par les femmes en �pis au village o� les hommes la mettent dans le grenier; dans le second cas, elle est transport�e en grains sur la falaise, � dos d'�ne, les �pis ayant �t� battus au pr�alable dans la plaine.

Cultiv� en association avec le mil, le ni�b�, apr�s un s�chage sur pied de un � deux mois, est r�colt� en d�cembre gousse par gousse par les femmes, tandis que les hommes coupent le mil. Lorsque la r�colte est importante, c'est-�-dire de l'ordre de plus de 100 kg de grain, le battage est fait au champ, � l'aide d'un fl�au, avant le transport. En revanche, lorsqu'il s'agit de petites quantit�s, on transporte toutes les gousses au village o� l'�grenage est fait au mortier.

1.1.2 Pays Bo (Bwa) ou Bobo

Aussit�t apr�s la coupe du mil et du sorgho, les paysans mettent � part les �pis les meilleurs en vue de garder leurs semences. Le reste de la r�colte est mis en tas et regroup� dans le champ pour le transport. Autrefois, on laissait ainsi la r�colte pendant deux � quatre semaines avant de la rentrer. Nais, � cause des risques accrus de vols et de d�g�ts pouvant �tre caus�s par les animaux d'�levage, les paysans transportent maintenant les �pis au village aussit�t apr�s la moisson.

1.1.3 Pays Minianka

Le pays Minianka fait partie des zones encadr�es par la CMDT pour la culture cotonni�re. Outre cette culture de rente, les principales productions vivri�res sont le sorgho et le mais qui b�n�ficient parfois des fertilisations destin�es avant tout au coton. On y cultive aussi du mil et du ni�b�.

Tous les membres de la famille participent � la r�colte du sorgho. Les enfants couchent les tiges sur le sol, les hommes coupent: les �pis et les entassent sous les arbres, les vieillards les mettent: en bottes et les femmes les transportent au village. L'essentiel du s�chage ayant d�j� eu lieu sur pied au cours des deux ou trois semaines pr�c�dant la r�colte, les �pis peuvent �tre directement stock�s dans les greniers.

1.2 Stockage

1.2.1 Pays Dogon

1.2.1.1 Types de greniers

Chez les Dogon de la falaise, la r�colte principale de mil est stock�e en grain dans le Gwa-ala, c'est-�-dire le "grenier m�le". Ce dernier est toujours divis� en quatre compartiments pour permettre la conservation de diff�rents produits, mais aussi pour diminuer la pression lat�rale du grain sur les parois. A entendre les explications des villageois, on comprend que le Gwa-ala, qui est construit de p�re en fils, toujours suivant les m�mes dimensions, est celui qui contient les objets f�tiches de la famille. C'est pour cela sans doute que son acc�s est interdit aux femmes et aux enfants non circoncis.

Dans la plaine, en revanche, o� l'op�ration de transport des r�coltes est moins p�nible, le mil est stock� en �pis dans un grenier non compartiment�, appel� Gwe-ana. Comme le Gwa-ala, ce dernier contient le stock commun destin� � la consommation familiale.

Il existe aussi des greniers individuels: le Gwa-�n, grenier particulier des femmes, et le Gwa-ya, grenier des hommes, o� l'on conserve surtout le fonio, les l�gumineuses et autres denr�es secondaires.

1.2.1.2 Techniques de construction

Normalement, dans chaque famille Dogon, un des membres est capable de construire les greniers selon la tradition. La plate-forme carr�e, faite de poutres et de poutrelles en bois, repose sur des pierres empil�es servant de supports. Elle soutient le corps du grenier qui, sur la falaise, est b�ti de la fa�on suivante: la partie inf�rieure des murs, jusqu'� hauteur de l'ouverture, est constitu�e de couches de petites pierres taill�es, unies par un mortier de banco ferment�. La construction de cette premi�re partie, dont l'�paisseur est de 5 � � cm, dure deux � cinq jours. Les reste des murs, d'une �paisseur de 3 � 4 cm et d'une hauteur moyenne de 1 m, est mont� en couches de mottes de banco m�lang� � de la paille de fonio et se termine en forme de coupole. La construction de cette derni�re partie, beaucoup plus longue � effectuer, n�cessite un mois en moyenne, � raison de deux couches de banco par jour. Les villageois estiment que, ainsi construit, le grenier peut avoir une long�vit� allant jusqu'� 100 ans. Il est prot�g� par un toit fait de paille provenant d'une plante appel�e dodjou que l'on trouve tant dans la plaine que sur le plateau. Cependant, face � la rar�faction de cette plante que les animaux appr�cient comme fourrage, les cultivateurs �vitent de l'�liminer des champs lors des sarclages.

En revanche, dans la plaine comme sur le plateau, le grenier est b�ti uniquement en mottes de banco et la structure, qui comporte deux ou trois ouvertures lat�rales au lieu d'une, se termine par une terrasse. De nos jours, on voit appara�tre des greniers faits non plus en mottes, mais en briques de banco, moins durables.

1.2.1.3 Techniques de conservation

Sur la falaise, le mil stock� en grain est entrepos� par couches, alternativement avec de la cendre. Pour demeurer compact, ce m�lange sera tass� par pi�tinement:, apr�s chaque pr�l�vement, au moins une fois par semaine. Ainsi stock�, le mi] peut rester deux ans sans infestations visibles d'insectes.

Dans la plaine et sur le plateau, le mil est stock� en �pis sans addition d'ingr�dients.

Quel que soit le mode de stockage utilis�, les plus beaux �pis de mil sont tri�s d�s la r�colte et mis � part, sans �tre battus, en vue de la semence.

M�me si les rongeurs arrivent parfois � p�n�trer � l'int�rieur des greniers, un colmatage rapide de leurs trous permet de limiter les d�g�ts. Ce sont plut�t les termites qui causent beaucoup de soucis aux villageois et, selon eux, s'il y avait une am�lioration technique � faire, elle devrait porter avant tout sur la plate-forme du grenier.

Quant aux l�gumineuses, ni�b� et voandzou, elles sont stock�es en graines m�lang�es avec du sable. Gr�ce � cette m�thode, les pertes sont tr�s faibles, disent encore les paysans.

1.2.2 Pays Bo (Bwa) ou Bobo

1.2.2.1 Techniques de construction

Chez les Bwa, ou Bobo du Mali, les c�r�ales sont conserv�es en �pis dans les greniers ext�rieurs, appel�s Nanou, et en grain dans les petits greniers int�rieurs, appel�s Daboro ou Nazo.

Le Nanou, ou grenier collectif ext�rieur, qui a une forme trap�zo�dale (cf. figure F.1), est install� sur une plate-forme faite de branchages, comme le grenier Dogon. Cette plate-forme est soutenue par six ou neuf grosses pierres. Le corps du grenier, d'une capacit� moyenne de 10 m3, est mont� en mortes de banco dispos�es en couches, qui s'imbriquent les unes dans les autres.

La toiture recouvrant le grenier, qui est faite aujourd'hui d'une paille moins solide, ne r�siste pas plus de trois ans alors qu'autrefois, avec la paille d'une gramin�e appel�e hera, elle pouvait durer jusqu'� six ans. Cette derni�re contrainte explique l'apparition croissante de terrasses en banco ou m�me, dans certains cas, de toitures en t�le ondul�e (cf. figure F.2).

Des entretoises de bois, reliant les parois contigu�s, assurent une plus grande rigidit� � la structure tout en servant de points d'appui pour fixer la toiture.

Le grenier est toujours pourvu d'une ouverture carr�e (50 x 50 cm), plac�e du c�t� oppos� aux vents dominants, � 1,50 m environ du sol.

Le Daboro, ou petit grenier int�rieur, qui a la forme d'une grande jarre ou d'un canari, a une capacit� moyenne de 100 kg de grain. Il sert � stocker les semences et les graines de l�gumineuses ou de fonio.

1.2.2.2 Techniques de conservation

Selon les villageois interrog�s, le sorgho stock� en �pis peut �tre conserv� en bon �tat pendant plusieurs ann�es, m�me dix ans, disent certains.

En revanche, le mi] en �pis ne peut �tre conserv� plus d'un an sous peine de d�g�ts s�rieux occasionn�s par les insectes. De l'avis des paysans, le ni�b�, stock� en m�lange avec de la cendre froide ou du sable tamis� dans une structure �tanche (canari scell�, par exemple), pourra se conserver plusieurs ann�es sans �tre attaqu� par les insectes.

Cependant, on peut observer d�s le mois d'avril, soit au bout de cinq mois de stockage, la pr�sence d'insectes sur le mil. Quant- au ni�b�, il est infest� au champ m�me.

La pr�sence des rongeurs dans les greniers est quasi permanente, mais les paysans n'arrivent pas � avoir une id�e pr�cise des d�g�ts ainsi occasionn�s.

Outre la cendre et le sable utilis�s pour la conservation des l�gumineuses, les paysana recouraient � certaines plantes locales, notamment Hyptis spicigera, appel� Zampo, dont- les feuilles br�l�es dans le grenier, ou pil�es et m�lang�es au stock, servaient � �loigner les insectes. Cette derni�re pratique tend � dispara�tre, au profit- de l'utilisation des pesticides chimiques. Ainsi, dans les zones encadr�es par la CMDT, c'est surtout le Lindane � 1% en poudre qui est employ�. Cet- insecticide, du type organochlor�, est- fabriqu� par le Service de la protection des v�g�taux et distribu� par la CMDT.

Un autre produit pesticide, le Sijolan, normalement destin� � la protection des semences, ainsi que d'autres poudres insecticides (HCH, etc.), disponibles sur les march�s locaux, sont �galement employ�s dans les greniers.

1.2.3 Pays Minianka

La r�colte laiss�e au champ �tant de plus en plus fr�quemment soumise � des vols, les agriculteurs se h�tent- de la transporter au village pour la stocker en greniers. Il faut- dire que cette op�ration est facilit�e aujourd'hui par l'utilisation croissante des charrettes attel�es.

1.2.3.1 Techniques de construction

Le grenier Minianka, appel� Ngou, de forme cylindrique et d'une hauteur moyenne de 1,75 � 2 m, a une capacit� d'environ 8 m3 (cf. figure F.4). Il sert au stockage de la r�colte principale de sorgho, de mil ou de mais, toujours conserv�e en �pis. Ce grenier est constitu� d'une plate-forme circulaire, faite de branchages et reposant sur des pierres (15 cm de diam�tre), dispos�es en forme de cercle. Autrefois, une couche de paille d'une plante r�pulsive pour les insectes �tait install�e sur la plate-forme. Cette plante, appel�e Niamp�m� est maintenant introuvable.

La paroi en banco est faite de mottes d'argile m�lang�e � de la paille. L'ouverture, de forme carr�e (40 x 40 cm), est plac�e � 150 cm du sol environ, toujours du c�t� oppos� � celui d'o� viennent les pluies.

Le grenier est recouvert d'un toit conique en paille, qui peut durer cinq � six ans quand il s'agit de paille d'Andropogon giganteus, appel� Waagni chez les Minianka. Malheureusement, cette gramin�e se rar�fie elle aussi et est souvent remplac�e par des plantes de moindre qualit�, voire m�me par des t�les.

Un grenier traditionnel en mottes de banco, bien construit, peut durer dix � 15 ans selon les villageois. Mais, de plus en plus, on voit appara�tre des greniers en briques de banco, beaucoup moins solides.

1.2.3.2 Techniques de conservation

Selon les paysans, le sorgho stock� en �pis et non trait� peut se conserver jusqu'� un an sans infestation visible d'insectes. Aussi disent-ils que les d�g�ts sont minimes, et qu'il faut bien observer les �pis pour s'en rendre compte: sans traitement, les pertes dues aux insectes seraient de 5% pour un an de conservation, alors qu'avec un traitement d'insecticides chimiques, elles ne seraient que de 1 � 1,5%. Les deux principales esp�ces d'insectes identifi�es sur le sorgho ont �t� Rhizopertha dominica et Corcyra cephalonica.

En revanche, sur le mais stock� en �pis, l'infestation est d�j� grave au cours de l'hivernage (sept � huit mois de conservation). Quant au ni�b�, m�me m�lang� avec de la cendre, � laquelle on ajoute parfois une poudre insecticide chimique, il ne peut �tre conserv� en bon �tat plus de cinq mois.

Diff�rents insecticides chimiques en poudre, achet�s aupr�s des Services d'encadrement ou bien sur les march�s locaux, sont utilis�s pour la protection des denr�es stock�es. On citera entre autres le Lindane � 1%, produit organochlor� distribu� aux producteurs dans les zones encadr�es par la CMDT.

Il faut noter que l'introduction r�cente, dans ces m�mes zones, d'une vingtaine de batteuses (Bamba) motoris�es, pour le mil et- le sorgho, m�me si elles dispensent les femmes du battage au pilon qui est quotidien, risque de provoquer une modification sensible dans le mode de stockage des c�r�ales.

Enfin, la pr�sence des rongeurs, des souris principalement, qui estfr�quente � l'int�rieur des greniers, semble naturelle aux yeux des paysans.

2. Conclusions

2.1 R�colte et s�chage

Qu'il s'agisse des Dogon, des Bwa ou des Minianka, la r�colte du mil et du sorgho est toujours effectu�e apr�s celle des autres productions: fonio, pois de terre, arachide, haricot, oseille, auxquelles s'ajoute le coton chez les Minianka. L'essentiel du s�chage du mil et: du sorgho est fait sur pied et dure quatre � six semaines apr�s maturit� des grains.

Autrefois, apr�s la coupe, les �pis pouvaient rester plusieurs semaines dans le champ, prot�g�s simplement par des branches d'�pineux. De nos jours, la r�colte est- presque partout transport�e aussit�t au village et mise en grenier, par crainte de vols et de d�g�ts par les troupeaux d'�levage. Seuls les Dogon qui vivent sur la falaise o� se trouvent- leurs greniers, battent d'abord les �pis dans les champs de la plaine ou du plateau, avant de transporter le grain � dos d'�ne jusqu'au village.

Dans toutes ces r�gions, aussit�t: apr�s la r�colte, les meilleurs �pis sont tri�s et stock�s s�par�ment.

2.2 Stockage

2.2.1 Techniques de construction des greniers

Dans les trois zones ethniques �tudi�es ici, la r�colte principale de mil, de sorgho ou de mais est stock�e en �pis dans des greniers faits normalement en mottes de banco. Il s'agit de structures dont la forme est trap�zo�dale chez les Dogon et les Bwa ou cylindrique chez les Minianka. Ces greniers aux murs construits en mot-tes et couches de banco, s'imbriquant parfaitement les unes dans les autres, peuvent durer des dizaines d'ann�es, aux dires des paysans. La paille de fonio, toujours utilis�e comme stabilisant pour le mortier d'argile, contribue certainement � cette long�vit�.

Toutefois, ce mode de construction traditionnel, qui n�cessite une r�elle ma�trise technique, requiert: plusieurs semaines. C'est: pourquoi, faute de temps et de main-d'oeuvre suffisante, les paysans se tournent actuellement de plus en plus vers les greniers en briques de banco, beaucoup moins r�sistants.

Tous les greniers sont pourvus, du c�t� oppos� aux pluies, d'une ou plusieurs ouvertures lat�rales pour le remplissage et les pr�l�vements. Il sont toujours recouverts d'une toiture en paille qui les prot�ge des intemp�ries. Cette toiture pouvait durer plus de cinq ans lorsqu'elle �tait faite des meilleures gramin�es, telles que Andropogon giganteus. La disparition de ces plantes, suite � la s�cheresse prolong�e, aux feux de brousse et � l'extension des surfaces cultiv�es, a eu pour cons�quence des modifications sensibles dans la construction des toitures, parfois m�me dans celle des greniers:

Les diverses structures d�crites ci-dessus concernent- les greniers collectifs, b�tis � l'ext�rieur. On trouve aussi, � l'int�rieur des habitations, des greniers en argile, en forme de jarre et appartenant g�n�ralement aux femmes. Ces petits greniers sont destin�s � la conservation des grains de l�gumineuses et de fonio.

2.2.2 Techniques de conservation

Partout, les paysans pr�f�rent stocker les c�r�ales en �pis plut�t qu'en grain. Cette pr�f�rence s'explique par des raisons d'�conomie (moins de gaspillage), mais aussi, de meilleure protection contre les insectes. Ce n'est que chez les Dogon de la falaise que le stockage est fait en grain battu pour all�ger la t�che du transport au grenier. Toutefois, m�me ces derniers font appel � une technique sp�ciale pour bien conserver les c�r�ales en grain, technique qui consiste � entreposer le mil par couches, alternativement avec de la cendre. Pour demeurer compact, ce m�lange est tass� r�guli�rement au pied, apr�s chaque pr�l�vement. Ainsi stock�, le grain peut se conserver deux ans sans infestations d'insectes.

Tous les autres paysans de ces r�gions ont tendance � abandonner les techniques traditionnelles de conservation utilisant des ingr�dients naturels, pour les remplacer par l'emploi d'insecticides chimiques en poudre, tels le Lindane, le Sijolan et autres produits disponibles sur le march�.

La pr�sence des rongeurs, des souris notamment, qui est quasi permanente dans les greniers, ne semble pas inqui�ter outre mesure les villageois interrog�s. Leur principale pr�occupation, en particulier chez les Dogon et les Bwa, vient plut�t des termites qui s'attaquent- aux poutres et poutrelles de la plate-forme, qui sont maintenant faites avec des bois moins r�sistants que ceux utilis�s autrefois.

D'autre part, l'introduction r�cente par la CMDT d'une vingtaine de batteuses motoris�es pour le mil et le sorgho risque de modifier profond�ment le mode traditionnel de stockage en �pis.

3. Recommandations

3.1 Am�lioration des structures traditionnelles de stockage

Les structures traditionnelles en mottes de banco utilisant les bois r�sistants aux termites pouvaient durer une dizaine d'ann�es et assuraient une bonne conservation des grains. La disparition ou la rar�faction de ces mat�riaux entra�ne des modifications qui risquent d'avoir des cons�quences n�fastes sur la qualit� du stockage.

Il est recommand� de mettre au point des techniques de construction appropri�es, notamment pour la confection des plates-formes et des toitures des greniers.

Ce travail de conception et d'exp�rimentation devra privil�gier les mat�riaux disponibles localement (pierre, argile et ingr�dients de stabilisation du banco) et- s'inspirer des techniques traditionnelles d�j� �prouv�es (coupole et terrasse des greniers Dogon, par exemple).

3.2 Evaluation du nouveau stockage en grain

L'introduction croissante du battage m�canis� pour les c�r�ales est en train de modifier le mode de stockage traditionnel en �pis au profit du stockage en grain.

En cons�quence, il est n�cessaire d'�valuer l'efficacit� du stockage en grain dans les greniers traditionnels existants en vue de d�terminer et d'apporter les am�liorations qui s'imposent.

3.3 Remplacement du Lindane par un insecticide organophosphor�

De nombreux agriculteurs, tant dans la zone visit�e que dans les autres r�gions du pays, emploient le Lindane fabriqu� par l'usine de la Protection des v�g�taux et distribu� par les Op�rations de d�veloppement rural. Il est vivement recommand� � la Direct-ion de la protection des v�g�taux, d'arr�ter la production du Lindane, produit organochlor� dont l'utilisation sur les denr�es vivri�res est d�conseill�e, et de le remplacer par un insecticide organophosphor�, moins toxique.

3.4 Sensibilisation et information des villageois

Outre le Lindane mentionn� ci-dessus, les villageois utilisent le Sijolan, normalement destin� � la protection des semences, ainsi que d'autres poudres insecticides, en vente libre sur les march�s locaux.

Il est recommand� aux Services agricoles comp�tents d'entreprendre une campagne nationale de sensibilisation et: d'information des paysans sur l'emploi des pesticides chimiques et sur les dangers que pr�sente une mauvaise utilisation de ces produits.

3.5 N�cessit� d'une l�gislation en mati�re phytosanitaire

L'absence d'une v�ritable l�gislation sur les produits phytopharmaceutiques dans le pays prive les autorit�s de moyens de contr�le de la distribution et de l'utilisation de ces produits.

Il est donc recommand� aux pouvoirs publics de d�finir et de faire appliquer une l�gislation ad�quate, de fa�on � permettre le contr�le efficace de la composition et de la distribution des produits phytopharmaceutiques.

Figure F.1: Grenier traditionnel Bwaba appel� Nanou.

Figure F.2: Grenier traditionnel Bwaba. Ici la toiture traditionnelle en paille est remplac�e par des t�les.

Figure F.3: Modification apport�e sur le grenier traditionnel Bwaba par le projet PFL de San: forme cylindrique; grenier se terminant par un d�me recouvert d'un toit en paille; grenier sur dalle de b�ton install�e sur 3 piliers; ouvertures � la base et au sommet.

Figure F.4: Grenier traditionnel Minianka (Ngou).

 


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